[ ./ qui est silène ? ] : Silène est un ensemble montréalais d’improvisation jazz d'avant-garde formé depuis dix ans : Claude Lassonde, compositeur, guitariste et leader musical de Silène. Il a fait ses études universitaires à la faculté de musique de l'Université de Montréal. Maîtrise en composition musicale avec Serge Garant, Michel Longtin, André Prévost; études électroacoustiques avec Marcelle Deschênes et Francis Dhomont. Il a été directeur (1988-91) de l'Association pour la Création et la Recherche Électroacoustiques du Québec (ACREQ) et a été président fondateur de la Société de concerts alternatifs du Québec, SCAQ (1982) maintenant Code d’accès. Il est compositeur agréé au centre de musique canadienne. Le catalogue de ses compositions comprend des pièces pour orchestre, pour divers ensembles de musique de chambre, de la musique informatisée et électroacoustique. Plusieurs artistes de renom ont été associés à la réalisation de ses créations notamment : Rina Lasnier de l'Académie canadienne française, Jean-Jacques Nattiez, Lorraine Vaillancourt et Pauline Vaillancourt. Plusieurs commandes d’œuvres dont « Sentes aux abîmes des sens » commandée par l'ACREQ et créée à l'ouverture de la série électroacoustique « Acousmonium » du festival "New Music America". Ses compositions et interprétations musicales ont été enregistrées par la Société Radio-Canada, et diffusées ailleurs au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, en Belgique et en France. Il a reçu des prix et des bourses du Conseils des Arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Chef d'orchestre, il a dirigé de nombreux ensembles. Guitariste, il a donné plusieurs concerts à la radio et à la télévision notamment aux Jeux Olympiques de Montréal (1976), concert retransmis en direct au réseau ABC. Maintenant, il préfère l’art moderne et cultive des moments musicaux variés. Il livre ici, sa passion musicale dans un chant quelques fois anarchique où se mêle tendresse, amour, hargne, violence, extravagance à la guitare synthétiseur, dans des gestes colorés, improvisés et libres. « Fasciné par les lutheries contemporaines. Amoureux de jazz libre, amateur de sessions d’improvisation, je demeure néanmoins un puriste méticuleux quant à la composition musicale. Je m’astreins à une discipline visant à extirper de longs travaux de recherches sonores et stylistiques, les éléments musicalement les plus vifs. Collectionneur de timbres sonores et de séquences-jeux improvisées, je confie ceux-ci au traitement informatique, afin de faire exploser leur potentiel. La phase finale de mes travaux vise toujours à trouver la clé de normalisation la plus simple et la plus humaine possible. Avec cette démarche, l’interprétation humaine est rendue possible et des structures musicales informatisées d’une grande complexité sont rendues intelligibles. La liberté stylistique de ces moments fait que cette musique tente délibérément d'échapper aux modes ou aux courants déjà implantés. Elle propose à l’auditeur en quête d’oubli du temps, une relation musicale, intime où l’expression personnelle est révélée par une musique longuement réfléchie. » Gilles Douaire, bassiste de Silène. Par son style, sa lucidité et sa grande culture, il est le « leader idéologique » de Silène. Il était guitariste « lead » du groupe montréalais Freakency. Il développe une approche musicale à la fois extravagante et contraire à toutes attentes. Son jeu discret, détonne intentionnellement par son oreille exceptionnelle qui sait écouter et présenter un contrepoint déstabilisant qui propulse l'autre dans des sentiers vierges. Il adore les marches harmoniques bizarroïdes et déteste les motifs stéréotypés. Gilles, en plus d’être musicien, possède deux formations, une en philosophie et l'autre en génie électrique et informatique. « Le jeu musical dans Silène, on le qualifie de trialogue, de quadralogue, de quintalogue… Néanmoins, ce serait à la fois trop dire et trop peu dire. D’une part, le jeu d’ensemble relève de bien peu de planification délibérée, ce qui est le propre de l’improvisation, transformant ces soi-disant logos en autant de logorrhées; d’autre part, la collaboration à n musiciens implique sournoisement un n+1ième musicien qui, plus souvent qu’autrement, devient celui qui s’impose le plus. Même au sein d’un de ces moments de lucidité où l’on tente de construire une structure bien arrêtée au fil de l’improvisation, ce musicien obscur vient subvertir cette volonté, nous déstabilise, nous surprend… et surprendra l’auditeur éventuel de ces pistes. En somme, ce visiteur musical obscur, est l’expression désincarnée et viscérale d’une volonté partagée et permanente d’égarements temporaires; celui qui, de la forme à l’informe, de l’informe à la forme, nous pousse avec témérité sur des chemins qui ne mènent nulle part…» Musiciens : Matthieu Bélanger, clarinettiste, Montréal, est présent sur Silène-Décade pour sept prises (CD-2_1,2,3,5,6,7,8). Matthieu Bélanger, ici à la clarinette basse, compte parmi les plus talentueux clarinettistes au Québec comme en témoigne son impressionnante discographie. Études en clarinette et piano au Conservatoire de Hull et à l’Université McGill. Il fait de nombreux stages d’étude à New York avec Patrick Brennan, saxophoniste et avec le pianiste Kenny Werner, ainsi qu’à Banff avec Dave Holland, Joe Lovano, Dave Douglas et Kenny Werner. Il obtient de nombreux prix et bourses notamment pour Musicaction, pour son disque Insomnia. Plusieurs bourses du Conseil des Arts du Canada et du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Il gagne : l'Empire des futures stars ; le prix de la meilleure chanson (Hollywood) et le prix du meilleur groupe pour le groupe Ann Victor. Prix du meilleur musicien décerné par Coda Magazine et le prix du meilleur album de jazz acoustique pour Basso Continuo, avec l'Ensemble Normand Guilbeault. À Genève, à la Communauté des radios publiques de langue française (CRPLF): 1er Prix, catégorie jazz en tant que chef pour le Quatuor Jazz de Montréal. En 1994, au Festival international de jazz de Montréal: 1er Prix du Concours de jazz Du Maurier, pour l'Ensemble Normand Guilbeault. Pierre Guillemette, saxophoniste, Montréal, apparaît sur Silène-Décade à la prise CD-2_4. Diplômé de l’Université de Montréal, professeur de musique à à la Commission Scolaire Marguerite Bourgeoys, concertiste et multi instrumentiste en jazz jouant tout aussi bien du saxophone, de la clarinette que les flûtes et la guitare. Louis-Antoine Lassonde, contrebassiste, Montréal, joue la contrebasse avec archet à la prise CD-2_1 sur Silène-Décade. Malgré son jeune âge, Louis-Antoine a déjà une solide expérience du monde musical. Il a une maîtrise, interprétation contrebasse, faculté de musique, de l’Université de Montréal. Comme premier pupitre, il a travaillé tour à tour pour de nombreux orchestres classiques et contemporains, notamment sous la bagette de Lorraine Vaillancourt, de Jean-François Rivest, d’Agnès Grossman à l'Orchestre du Centre d'Art d'Orford. Plusieurs tournées, en France, en Grèce, et localement, il a été invité à se joindre à l’Orchestre Symphonique de Montréal lors de deux matinées jeunesses, concert à la Place des Arts de Montréal, salle Maisonneuve. Il a été soliste invité à l’émission télévisée : «Faites vos gammes» à la Société Radio-Canada. Il a également été finaliste au Concours de musique du Canada (2001). Stephan Quednau, claviériste, Montréal, est leur invité pour trois prises sur Silène-Décade (CD-1_7,10 et 11). Stephan a étudié le piano à l'Université Laval avec Michèle Royer avant de poursuivre ses études en génie électrique et informatique et d'y oeuvrer durant une dizaine d'années. Depuis quelques années, il travaille comme ingénieur en réfection et réparation de circuits imprimés, de synthétiseurs et autres. Ses amours musicaux passent par le Hard Bop, par son vif intérêt pour des guitaristes modernes (Abercrombie, Holdsworth, Frisell) et aussi par le funk. Invité de Claude sur ces enregistrements, Stephan s’est aussi produit sur DC en musique électronique sous « Heptane Sun Quad » parut chez Electron Music. Alain Robert, batteur, percussionniste, Montréal, est présent sur toutes les prises de Silène-Décade. Virtuose jusque dans la pointe des baguettes, il joue de la batterie depuis sa plus tendre enfance. Dans Silène, il subit les assauts extravagants des autres puis génère la cohésion. Il flotte dans son monde à part, équilibré et bien rythmé, apportant un soutien imaginatif exceptionnel. Il excelle dans le jeu des couleurs sonores et du contrôle des cymbales. Il possède un instinct sûr et naturel qui sait prévoir et anticiper les changements dans les méandres des improvisations. Son jeu révèle une façon quasi scientifique d'approcher la rythmique des improvisations. Silène / Histoire : Le dieu « Silenius » était le génie phrygien des sources, symbole des eaux; il avait le don de la sagesse. C’était un vieillard jouisseur, toujours ivre, au nez camus et proéminent, chantant et riant. Dans la mythologie grecque, Silène (en grec ancien ???????? / Seilênós) est une sorte de satyre, père adoptif et précepteur du dieu Dionysos, qui l'accompagne sans cesse. Il est en outre le dieu personnifiant l'Ivresse, assez proche en ce sens de deux autres divinités mineures faisant l'une et l'autre partie du cortège de Dionysos, Comos (la bonne Chère) et Coros (la Satiété), qu'Hérodote fait naître d'Hybris (la Démesure). Comme Dionysos, on le fait naître à Nysa, en Asie. Silène est qualifié de « fils d'Hermès », comme c'est le cas la plupart du temps pour les satyres. D'autres traditions en font le fils de Pan et d'une nymphe, ou de Pan et de Gaïa (la Terre) fécondée par le sang d'Ouranos mutilé. Pan confectionna un instrument de musique auquel il donna le nom de syrinx, connu sous celui de flûte de pan. Une antique légende rapporte que le roi Midas avait longtemps battu les bois, mais en vain, à la recherche du sage Silène, le compagnon de Dionysos. Quand enfin celui-ci tombe entre ses mains, le roi lui demande quel est pour l’homme ce qu’il y a de plus désirable, le bien suprême. Roide et figé, le démon se tait ; jusqu’à ce que, pressé par le roi, il finisse par lâcher ces mots en éclatant d’un rire strident : “Misérable race d’éphémères enfants du hasard et de la peine, pourquoi m’obliger à te dire ce que tu as le moins intérêt à entendre? Le bien suprême, il t’est absolument inaccessible : c’est de ne pas être né, de ne pas être, de n’être rien. En revanche, le second des biens, il est pour toi – et c’est de mourir sous peu.”(Friedrich NIETZSCHE dans La naissance de la tragédie, Gallimard, p. 50) Silène / Idéologie : L’idée de Silène s’inspire de cette mythologie où sagesse, ivresse, démesure, mysticisme, musique et imagerie poétique se côtoient librement. La musique de Silène ne s’attache à aucune mode, courante, actuelle ou passée. Elle prend naissance dans la réunion des esprits communicant librement, sans balise ou concept préétabli. Cette forme libre invite les musiciens à écouter profondément et à réagir intensément, et par purs réflexes musicaux, à l’environnement sonore qui se déroule. Ce n’est que par après, lorsqu’on réécoute, qu’on choisit le parcours qui mène vers le paysage sonore extatique. Dix ans ont passé, ces années ont servi à amasser des heures d’enregistrements formidables et d’autres sources sonores expérimentales, allant dans des directions inouïes. L’écoute sélective a mené à cette compilation d’une décade sonore. Certains traits sont décapants, d’autres, illustrent un côté décadent de notre société, mais tous participent dans un même sens, à collectionner des gestes à profil de beauté. On peut parler d’improvisation, au début du processus, mais bien avant, il y a des années de pratique, de perfectionnement, d’études, de compositions musicales, puis vient ensuite la séquence-jeu. C’est là où, avant d’improviser, d’enregistrer, on fixe des modes jeux, des propositions que l’on fera à l’ensemble et qui deviendront des matériaux, afin d’alimenter des dialogues, trialogues et autres formes d’échange. Ceux-ci peuvent se constituer d’un ambitus de notes, d’une séquence rythmique, d’un jeu de timbres ou de tous ces aspects à la fois, réunis pour former soit un appel, un élément déclencheur ou un motif récurant. L’idée de la séquence jeu est fondamentale dans la musique de Silène. Car, c’est de la puissance de la séquence-jeu que naîtra ce que tous vont y trouver comme motifs à développer et interagir. Habituellement, le compositeur soumet ses idées aux musiciens de son groupe et ceux-ci réalisent le plus efficacement possible l’arrangement de celles-ci. Des contingences de temps et d’argent font que souvent, on ne peut accéder qu’à une parcelle du talent des artistes. On ne peut que rarement les enregistrer d’innombrables fois et choisir les meilleures prises. Avec Silène – Décade, ce processus est inversé, le temps et la multitude de plages sonores deviennent inhérents au processus de création. Il est certain que dans tout ensemble, un leader se détache pour marquer de son empreinte la personnalité de groupe. Dans Silène, Gilles a donné son empreinte philosophique et Claude a marqué la structure musicale de l’ensemble. Ils ont su s’adjoindre des forces indéniables avec leurs collaborateurs. Un autre aspect digne de mention, est celui de la virtuosité. Il est certain que chacun des artistes présents peut être qualifié de virtuose face à leur instrument. Cependant, jamais cet aspect n’est amené gratuitement ou dans un désir d’éblouir. Cette virtuosité s’introduit plutôt dans la forme pour participer à un élan ou amener le dialogue à un degré d’excitation volubile d’une lucidité et d’une fluidité extrêmes. La musique dans Silène - Décade se démarque par une recherche poétique. Le caractère se renouvelle dans chaque pièce et se distingue par le type particulier d'instrumentation ou de lutherie contemporaine qui constitue sa palette sonore. Les compositions que Claude en a tiré cherchent à exploiter avec mysticisme l’aspect particulier des modes de jeux inhérents aux timbres et à leurs manipulations. L'idée créatrice première de chacune est toujours évocatrice des mondes mystérieux et des sentiers qu'elle engendre.